2025-05-25 14:02:00
Analyse par : Darren Carvalho, Co-fondateur et Co-CEO de MetaWealth
Récemment, lors de la Paris Blockchain Week, Michael Sonnenshein, COO de Securitize, a suscité une controverse en affirmant que l’immobilier n’était pas un actif optimal pour la tokenisation. Cette critique, déjà entendue par le passé, reflète une perspective qui sous-estime le potentiel transformateur de la tokenisation immobilière. Bien que Sonnenshein ait apporté des contributions importantes à l’adoption des actifs numériques, son évaluation ne tient pas compte des réalités fondamentales entourant la tokenisation des biens immobiliers.
Les Causes de L’Inadéquation des Systèmes Traditionnels
Dans sa déclaration, Sonnenshein soutient que de “bons systèmes” existent déjà pour gérer les actifs traditionnels, insinuant que la tokenisation n’apporte que des améliorations marginales. Cette vision est toutefois incomplète. Le marché immobilier actuel est parsemé d’inefficacités ayant un impact significatif sur l’expérience des investisseurs. Les transactions immobilières engendrent une montagne de paperasse et peuvent nécessiter des semaines, voire des mois, pour se finaliser, surtout pour les transactions transfrontalières où la complexité augmente en flèche.
Ces lenteurs ne sont pas des désagréments mineurs, mais des failles systémiques que la technologie de la tokenisation peut corriger. Par exemple, l’utilisation de contrats intelligents peut automatiser les processus de conformité, permettant ainsi une vérification efficace et une distribution des paiements tout en réduisant le risque de fraude grâce à une tenue de registres immuable.
Accès à un Actif Précieux, Pas Seulement Liquidité
En évoquant la demande pour des actifs plus liquides, Sonnenshein semble confondre les véritables attentes des investisseurs. Pour la majorité des particuliers, la priorité n’est pas forcément la liquidité de type Bitcoin, mais l’accès à une classe d’actifs ayant historiquement généré une richesse considérable. Les méthodes traditionnelles d’investissement immobilier exigent souvent des montants d’investissement conséquents, le statut d’investisseur accrédité et des périodes de blocage de capital allant jusqu’à plusieurs années. Ces obstacles écartent de nombreux contribuables, des enseignants aux infirmiers, de la possibilité d’investir dans des biens immobiliers rentables.
Avec la tokenisation, il devient possible de fractionner la propriété, permettant ainsi des investissements à partir de 100 dollars, accompagnés de distributions de revenus proportionnels. Bien que la liquidité sur les marchés secondaires puisse être limitée dans un premier temps, la véritable demande réside dans cette nouvelle accessibilité.
Une Technologie Idéale pour les Investissements Fractionnés
Contraire à l’avis de Sonnenshein, affirmer que la tokenisation ne “s’adapte pas bien” à la représentation de la propriété immobilière est une méprise. La technologie blockchain facilite la création d’opportunités d’investissement fractionné transparentes et sécurisées, avec des coûts d’exploitation minimaux. Par exemple, un projet immobilier de 50 millions de dollars peut être divisé en 500 000 tokens, chacun permettant d’accéder à une part égale des revenus locatifs et de l’appréciation potentielle. Cette révolution des opportunités d’investissement réduit les barrières à l’entrée tout en préservant les avantages fondamentaux de l’immobilier en tant qu’actif.
Avant, les FPI (fonds de placement immobilier) étaient souvent la seule option pour diversifier ses investissements, mais avec des frais élevés, peu de contrôle et un manque de transparence. La tokenisation permet désormais de créer des portefeuilles personnalisés à travers divers types de propriétés, le tout géré via un portefeuille numérique unique.
Les Obstacles à une Évolution Nécessaire
La résistance à la croissance de la tokenisation des actifs réels découle principalement de cadres réglementaires obsolètes et de modèles d’affaires ancrés dans le passé. Le gouvernement des Émirats Arabes Unis en a pris conscience, en lançant une initiative pour tokeniser 1 milliard de dollars d’actifs immobiliers, prouvant ainsi que de telles transformations sont en cours.
Avenir de l’Infrastructure Financière
Les prévisions conservatrices concernant la croissance de la tokenisation ne prennent pas en compte le développement rapide des infrastructures financières. Des sociétés comme BlackRock, avec son fonds d’argent du marché tokenisé BUIDL, ont déjà accumulé près de 3 milliards de dollars d’actifs, démontrant un vif intérêt institutionnel pour les véhicules d’investissement tokenisés. Ce n’est pas un cas isolé; UBS, Hamilton Lane et Franklin Templeton, entre autres, se joignent aussi à ce mouvement, signalant un changement radical dans la perception de la technologie de la tokenisation au sein des services financiers traditionnels.
L’impact de l’arrivée de chaque nouvel acteur sur les marchés ne doit pas être sous-estimé. Chaque institution ajoutée renforce non seulement l’écosystème, mais crée également des opportunités de transaction accrue pour les participants existants. Nous assistons ainsi à l’émergence d’un cycle autorenforçant où chaque nouvelle arrivée réduit les frictions pour ceux qui suivent.
Accès Démocratisé à la Création de Richesse
Historiquement, les investisseurs institutionnels ont bénéficié d’un accès privilégié aux investissements immobiliers les plus lucratifs, tandis que les investisseurs individuels étaient limités aux propriétés résidentielles ou aux FPI à frais élevés. La tokenisation ouvre la porte à un accès largement démocratisé, permettant à chacun de bâtir un portefeuille immobilier diversifié englobant des actifs commerciaux, résidentiels et industriels à travers différentes régions.
Les critiques qui évaluent la tokenisation immobilière uniquement sur des mesures de liquidité appliquent une norme erronée. Le potentiel transformateur de cette technologie réside dans la possibilité de rendre accessibles à tous des investissements immobiliers réputés pour leur capacité à créer une richesse considérable depuis des générations.
