2025-04-04 19:36:00
Des économistes pris au dépourvu par l’administration Trump
Anson Soderbery, économiste à l’Université de Purdue, a été surpris de découvrir que l’administration Trump avait cité l’un de ses travaux pour justifier l’imposition de tarifs douaniers élevés envers les partenaires commerciaux des États-Unis. Les messages affluant dans sa boîte mail à 22h30, mettant en exergue son étude, ont suscité en lui un sentiment de confusion. Selon lui, ses recherches avaient pour but de dissuader les politiques protectionnistes que le président était en train de mettre en œuvre.
Un sentiment d’incompréhension parmi les chercheurs
Soderbery n’est pas le seul à s’interroger sur l’utilisation de ses travaux par le gouvernement. Plusieurs de ses collègues, tout autant bafflés, ont exprimé leurs préoccupations concernant l’interprétation de leurs études. Bien que leurs objections puissent paraître infimes face à des développements économiques tels que la chute des marchés financiers, elles mettent en lumière des lacunes dans la préparation et l’exécution des nouvelles mesures tarifaires.
Une formule controversée pour calculer les tarifs
L’administration a décrit ses nouveaux tarifs comme “réciproques”, supposant qu’ils correspondraient aux barrières douanières imposées par les autres nations. Cependant, le calcul utilisé était loin d’être équitable : un simple calcul du surplus commercial de chaque pays vis-à-vis des États-Unis, divisé par le montant total des importations, a été effectué. Ce résultat a ensuite été réduit de moitié par mesure de “gentillesse”, établissant à l’origine un tarif minimal de 10%.
Des critiques acerbes de la part des économistes
Les économistes et les analystes ont rapidement réagi, dénonçant les méthodes de l’administration comme étant rudimentaires et arbitraires. James Surowiecki, un journaliste économique, a qualifié cette approche de “nonsense extraordinaire”. Malgré une seconde explication fournie par le Bureau du Représentant au Commerce des États-Unis, qui tentait de défendre la sophistication du calcul, beaucoup ont considéré que le résultat final ne pouvait pas être pris au sérieux, soulignant que les variables clés semblaient s’annuler alors qu’elles auraient dû contribuer à un modèle plus complexe.
Une évaluation erronée des études citées
Certains économistes dont les travaux ont été mal interprétés ont réagi. Alberto Cavallo de l’Université Harvard a affirmé que, si son étude avait été appliquée correctement, les tarifs auraient été fixés à un montant quatre fois inférieur. De même, d’autres professeurs dont les recherches avaient été citées ont réussi à clarifier que leurs conclusions ne sont pas applicables aux calculs tarifaires en question.
Une méthodologie inadaptée pour des effets globaux
Plusieurs économistes affirment que la méthode la plus simple utilisée par l’administration pourrait fonctionner pour déterminer un tarif uniquement avec un pays spécifique, mais qu’elle était inadaptée pour établir un tarif global. Chacun de ces tarifs peut entraîner des conséquences sur les échanges avec d’autres pays, nécessitant une analyse minutieuse et des modèles plus complexes pour comprendre les impacts sur l’économie mondiale.
Les incertitudes sur les politiques commerciales
Malgré tout, certains économistes constatent que les présupposés sous-jacents à cette approche peuvent contenir des éléments de raison, mais soulignent qu’une vision plus large est nécessaire. Les chercheurs préconisent un débat plus approfondi sur l’importance et les conséquences des déséquilibres commerciaux, suggérant que de telles mesures doivent être prises avec un souci de précision et une compréhension adéquate des dynamiques commerciales à l’échelle mondiale.
Par Jordan Weissmann, rapporteur senior chez Yahoo Finance.
